Olivier Maingain (Défi) : "C'est définitif, je ne figurerai sur aucune liste le 9 juin, ni régionale ni fédérale"
L'ancien président de Défi est engagé dans un bras de fer implacable avec l'actuel patron de la formation amarante, François De Smet.
- Publié le 11-03-2024 à 06h42
- Mis à jour le 11-03-2024 à 09h40

Le chef de cabinet de ce dernier est accusé par Olivier Maingain d'avoir tenté de manipuler les résultats d'un vote interne concernant la composition de la liste régionale à Bruxelles. Olivier Maingain a demandé sa démission, François De Smet a refusé. Depuis, c'est la guerre. Le parti tremble sur ses fondations à trois mois des élections générales. Jeudi soir, les instances de Défi ont approuvé le principe d'un nouveau vote des militants sur cette fameuse liste. Olivier Maingain sort de sa réserve pour La Libre : il garde le cap et lance un avertissement…
Après la réunion du conseil général de Défi, jeudi soir, quelle est votre réaction ?
Je demande qu'on arrête la machine folle lancée jeudi soir. Cette réunion n'était pas convoquée dans les formes, d'ailleurs. Et la procédure de vote en fin de séance était complètement hasardeuse : il n'y a pas eu de comptabilisation des votes… Certains, dans l'entourage de François De Smet, sont dans une logique jusqu'au-boutiste qui est totalement nuisible au parti. J'en reviens à la proposition initiale de Didier Gosuin (une figure historique de Défi) que, dans un premier temps, François De Smet avait approuvée avant de se rétracter. Je le dis avec force : cette proposition est la seule issue pour sortir de cette crise profonde. Je suis un légaliste, je n'accepterai jamais que nos statuts et que les principes de droit soient bafoués.
Que proposait Didier Gosuin ?
Vu la faute professionnelle de Monsieur Abdullah Mohammad (le chef de cabinet de François De Smet), il fallait l'écarter. Moi, j'exigeais sa démission. Mais j'ai ensuite accepté cette autre solution. Par un écartement, cette personne aurait pris une autre fonction et ne serait pas restée au siège du parti. C'était essentiel pour ramener de la crédibilité interne. Cela aurait permis de faire venir un nouveau chef de cabinet plus politique. Plusieurs collaborateurs de qualité pourraient assumer ce rôle de manière plus consensuelle. L'actuel chef de cabinet n'a plus la confiance d'une partie des mandataires ; et, en tout cas, certainement pas la mienne. Didier proposait également, par entente entre candidats, qu'il y ait quelques changements limités sur la liste régionale. Mais la proposition raisonnable et apaisante de Didier n'a pas été acceptée par François. Moi, je l'acceptais… Soit on en revient à cette proposition initiale, soit on aura deux partis en un, avec des membres très engagés dans la campagne et d'autres nettement plus en réserve.
La proposition raisonnable et apaisante de Didier n'a pas été acceptée par François. Moi, je l'acceptais... Soit on en revient à cette proposition initiale, soit on aura deux partis en un, avec des membres très engagés dans la campagne et d'autres nettement plus en réserve."
Vous ne participerez pas à la campagne électorale ?
Didier Gosuin proposait que j'appuie la liste à la Chambre et que lui soit tête de liste à l'Europe. Mais, après avoir essuyé l'affront du refus de François, pour moi, personnellement, c'est fini. C'est définitif : je ne figurerai pas sur aucune liste le 9 juin, ni régionale ni fédérale. J'aurais pu accepter une suppléance au fédéral mais je veux me consacrer totalement à ma commune (Woluwe-Saint-Lambert). Je ne crois pas que Didier Gosuin restera candidat pour être tête de liste à l'Europe. Voilà une autre conséquence regrettable de la manière dont François De Smet n'a pas tenu compte de notre main tendue.
Si aucun accord ne peut être trouvé sur la composition de la liste régionale, vous quitterez alors le parti ?
Je suis bien décidé à défendre mon honneur au sein du parti. J'ai donné beaucoup de ma vie à ce parti. Ceux qui disent que je suis en partance pour une autre formation tombent dans la médisance, dans la médiocrité. J'ai fait la preuve du fait que j'étais au service de mon parti. Je ne quitterai pas Défi mais, si les choses restent en l'état, je ne participerai en rien à la campagne électorale. Je me mettrai en réserve. Je me consacrerai exclusivement aux élections communales (d'octobre). Mais je dirai aussi quels sont les candidats sur nos listes qui méritent la confiance et ceux qui la méritent moins…
Je suis bien décidé à défendre mon honneur au sein du parti. J'ai donné beaucoup de ma vie à ce parti. Ceux qui disent que je suis en partance pour une autre formation tombent dans la médisance, dans la médiocrité."
Gardez-vous votre confiance à François De Smet alors que, de votre point de vue, il persévère dans l'erreur ?
J'ai de l'estime pour son élan intellectuel et sa capacité à faire des analyses pertinentes sur des choix de société et des enjeux politiques. Contrairement à ce qu'il tente de faire croire, je n'ai jamais marqué de divergences sur des questions significatives, jamais sur la ligne générale du parti. J'ai parfois exprimé des nuances sur des dossiers spécifiques. Je lui demande tout simplement d'assumer son rôle de président fédérateur. Comme président, j'ai toujours pu poser quand nécessaire les gestes qui apaisent et qui réconcilient, même au détriment de ce que je pensais. C'est ça être président de parti, c'est assumer ce qui n'est pas toujours le plus glorieux dans la vie d'un groupe. La seule question qui se pose aujourd'hui à François est celle-ci : veut-il préserver la cohésion, l'unité et la force du parti, ou veut-il défendre son chef de cabinet ?
La seule question qui se pose aujourd'hui à François est celle-ci : veut-il préserver la cohésion, l'unité et la force du parti ou veut-il défendre son chef de cabinet ?"